[Visual Trends] Silence et solitude : échapper au trop-plein d’informations


Adobe
Vous êtes-vous déjà attardé devant l’image d’un paysage paisible ou avez-vous déjà aspiré à un moment de contemplation solitaire ? Vous n’êtes pas le seul. A l’ère digitale, le silence est devenu une denrée rare. Pour répondre à cette quête, les artistes et les marques proposent de se réfugier dans le silence et la solitude, notre première tendance visuelle de l’année 2018.
Nous constatons une demande croissante d’images procurant un sentiment de bien-être et de renaissance ; des images qui nous renvoient à la nature, qui montrent que le mieux est l’ennemi du bien. Les spectateurs sont sensibles aux images qui offrent un répit — faisant l’effet d’un bol d’air frais. Elles leur permettent de prendre du recul sur une époque exigeante et confuse.
Le bruit
Si, selon la propre expression de Michael Kimmelman, critique d’architecture pour le New York Times, l’odeur était « le fléau silencieux des villes » au Moyen Âge, notre fléau actuel est la nuisance sonore. D’après l’Organisation mondiale de la santé, nous sommes extrêmement nombreux à être quotidiennement exposés à des niveaux de bruit néfastes, qui affectent notre sommeil, notre santé cardiovasculaire et nos performances professionnelles et scolaires.
Outre le bruit au sens littéral du terme, nous subissons également les flux continuels d’informations, de la politique et de l’irrésistible pouvoir d’attraction des divertissements digitaux. Des études récentes montrent que nous passons quatre heures par jour sur les terminaux mobiles et que nous consultons nos téléphones à tout moment de la journée, et même la nuit ! Ce style de vie nous conduit à rêver de décrocher et de tout plaquer. Les créatifs en ont pris acte et proposent de nouvelles approches.

Créer le silence et la solitude
Notre besoin de disposer d’un espace où reprendre notre souffle, faire peau neuve et appréhender nos vies digitales avec plus de lucidité s’accentue. Dans l’environnement professionnel, nous voyons proliférer toutes sortes de solutions d’interruption et de distraction à cause du bruit. Et pour cause : une étude récente a découvert que 93% des employés de bureau souffrent du bruit. Si vous ajoutez à cela le fait qu’il faille en moyenne 25 minutes pour reprendre votre tâche originale après une interruption, vous comprenez aisément l’impact sur la productivité.
En dehors du bureau, la tranquillité n’est plus une simple absence de bruit ; elle devient un luxe. Par exemple, le salon parisien consacré à la décoration d’intérieur Maison et Objet a récemment mis en avant les objets — vases, meubles, etc. — conçus pour créer des espaces de quiétude.

Il existe même des applications mobiles spécialement conçues pour s’isoler du bruit : Noisili ou encore Coffivity promettent une ambiance de travail plus zen.
Trouver le silence et la solitude dans le monde visuel
Cette quête d’espace dédié à la réflexion et à la respiration a également un profond impact sur le monde visuel. Prenez le cas de la récente exposition de Doug Wheeler au musée Guggenheim, où les visiteurs étaient plongés dans un silence absolu avec une impression visuelle d’espace vide et infini.
Dans les banques d’images, la tendance va des paysages captivants aux moments de solitude, en passant par des images contenant très peu de bruit visuel.
Les images du photographe français Jefferson Kent York offre aux spectateurs un répit temporaire dans un monde de constructions humaines. Il capture la quiétude des grands espaces, et son éclectisme et sa curiosité constante nous transportent face à des paysages grandioses et pittoresques.

Dans le cadre du programme Adobe Creative Residency, la photographe berlinoise Julia Nimke passe une année à voyager dans des contrées lointaines afin de rencontrer les personnes qui vivent dans les décors des contes et légendes traditionnels d’Europe. « J’ai toujours été fascinée par l’idée d’éloignement et de solitude complète », explique-t-elle. Lorsqu’elle voyage au-delà de la portée du bruit high-tech, elle change de rythme. « La recherche de personnes à interroger et photographier sans recourir à Internet m’aide à maintenir un workflow ralenti ; cela me force à passer du temps dans une région pour faire connaissance avec ses habitants. »
Nous avons demandé à Julia quels conseils elle donnerait aux artistes en quête de solitude : « C’est parfois difficile et vous pouvez vous sentir seul, mais cette impression est ensuite balayée par un sentiment de paix intérieure. Je crois qu’il faut sortir de cet univers de surconsommation en s’entourant du moins de choses possible et en renouant avec la nature ou avec ce à quoi vous aspirez. »

Plus de silence et de solitude
Pour voir d’autres images sur le thème du silence et de la solitude, visitez notre galerie dédiée et suivez nos entretiens en janvier et février avec des artistes dont les œuvres nous offrent un répit, de la quiétude et un espace de réflexion. Et ne manquez pas nos prévisions des tendances pour l’année 2018.
Image d’en-tête par Marcel